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vendredi 23 janvier 2026

Reprises de soul à la française dans les sixties

 

Dans les années 60, la vague des chanteurs yéyé a fait plein de reprises de standards anglais et américains, surtout du rock et de la pop, mais aussi de la soul (ou du rythme & blues). On y retrouve plein d’adaptations de tous ces hits qu’on peut entendre dans les soirées Northern soul organisées ici et là depuis quelques années (et depuis presque toujours pour ce qui concerne la scène mod). Or ces adaptations s’avèrent parfois excellentes, voir meilleures que les originaux, méritant bien un coup de projecteur, avec un petit tour d’horizon.


A tout hasard, commençons par le plus célèbre d’entre tous, Johnny Hallyday. Il est surtout connu pour ses innombrables reprises de rock and roll ou de ballades comme Le pénitencier (The house of the rising sun), mais il a aussi largement tapé dans la soul, avec bonheur. Citons Les coups, reprise de Up-Tight, du jeune Steevie Wonder (1966), excellent titre du début de carrière de celui-ci, en 1966. La version originale est plus ample, plus groovy, très classe mais avec des arrangements assez doux, pouvant vraiment plaire à un très large public, alors que ceux de Johnny sont plus nerveux et brut de décoffrage. La batterie et la guitare martèlent les temps et les ponctuations de cuivres sont plus violentes, de même que la voix de Johnny, qui parle ici des coups qu’on peut se prendre, au sens propre comme au figuré. A cette époque, sa voix n’est pas encore trop caricaturale et elle dépote idéalement bien !

Autre exemple, en 1968, avec Mal, une reprise de Hush, là encore Johnny parle de ce qui fait mal et ça déménage plus que la version originale, celle de Billy Joe Royal, sortie en 1967 (et composée par Joe South). C’est plus épuré (cette basse !) et plus écorché dans la voix, une version idéale pour les dancefloors. D’autres francophones ont repris ce titre en français dès 1967, au Québec, Les Valentins, traduit en Tu n’es plus une petite fille, mais à côté, on dirait des boyscouts ! Il faut noter aussi que Deep Purple en livrera une version en 1968, dans une veine psyché qui les caractérisaient alors, avant qu’ils ne deviennent un groupe de hard-rock.

Encore une de Johnny qui vaut le détour (parmi plein d’autres) : Aussi dur que du bois, adaptation de Knock on wood, du fameux musicien américain Eddy Floyd. Là on est sur du son Stax, mais avec un morceau assez mid-tempo, que Johnny va malgré tout accélérer un poil. Il n’est pas aussi bluffant que sur les deux reprises précédentes, mais c’est un bon exemple de son travail sur l’album 67, qui conforte le virage entamé en 66 avec l’album La génération perdue. A noter qu’une ultime version survitaminée parachèvera la postérité de ce morceau avec l’adaptation disco de Knock on wood par Amii Stewart en 1979.

Mais Johnny ne s’est pas contenté de copier des tubes soul ou rythme and blues puisqu’il a aussi réalisé de très bonnes adaptations dans cette couleur musicale, pour des titres qui l’étaient moins au départ. C’est clairement le cas avec Noir c’est noir en 1966, reprise du Black is black, de Los Bravos, un groupe pop espagnol (même si les paroles et les compositeurs initiaux étaient anglais). Si leur succès sonnait déjà assez soul, il parait mollasson par rapport à la version de Johnny qui transcenda l’affaire à grand renforts d’orgue et de section cuivres. Il adapte aussi un excellent titre des Beatles, Got to get you into my life, dans une couleur plus soul que l’original : Je veux te graver dans ma vie, là aussi avec plein de cuivres et une performance vocale digne des meilleurs performers noirs américains !


C’est un peu la même histoire avec son vieux complice de toujours, Eddy Mitchell. Lui aussi va beaucoup s’abreuver à la source de la soul américaine, allant jusqu’à enregistrer aux States en 1967 la moitié de l’album De Londres à Memphis, avec des pointures du genre. Mais par contre, cet album n’est constitué que de titres originaux ! De la même façon, Nino Ferrer a produit d’excellents morceaux très soul (Le téléphon, Les cornichons, etc.), mais ce sont quasiment tous des originaux, donc nous n’en parlerons pas trop ici... Ceci dit, Mitchell a quand même livré des covers de soul, notamment sur Du rock ‘n’roll au rhythm and blues, en 1965 (même si ce dernier est plus proche du rock que de la soul) et sur Sept colts pour Schmoll (1968), dont nous citerons à titre d’exemple l’excellent Quelqu’un a dû changer la serrure de ma porte, adaptation de But it’s alright de J.J. Jackson, un super morceau.


Pour rester dans l’orbite de Johnny, passons à sa chère et tendre de l’époque, l’attachante Sylvie Vartan. J’ai un gros faible pour elle et pour sa voix telle qu’elle était dans les années soixante, vraiment unique et touchante, dans une tessiture assez grave et avec un petit accent particulier (plus tard, ce sera une tout autre histoire). Tout comme Johnny, elle va d’abord enchainer les reprises que son entourage artistique lui soumet, mais au fil des sixties, elle va s’orienter vers un petit paquet de reprises de soul assez remarquable ! Parmi les meilleures, on peut citer Garde moi dans ta poche (1966), adaptation de I can’t help myself, des Four Tops (1965), ou encore Moi, je danse (1967), reprise de It’s the same old song (1965) des mêmes Four Tops. On voit ici que deux ans après sa sortie, leur deuxième album continue d’irriguer les productions de la jeune Sylvie ! Sa version de Moi, je danse est carrément plus rapide et avec un son encore plus Motown que l’original, avec plus d’écho et d’ampleur. 

Citons encore une très bonne reprise de Sylvie : Rescue me de la chanteuse Fontella Bass (1965), sous le titre De ma vie (1966), dans une tonalité plus basse, très réussie, même si les paroles sont assez bateau.


Passons maintenant à un autre incontournable des yéyés, Claude François. Et là, c’est un vrai festival, car la soul, clo-clo, c’est son dada ! Il était très dynamique, voir hyperactif, mais un peu trop conventionnel pour se tourner vers le rock comme Johnny, donc la musique à la façon de James Brown lui permettait de s’exprimer fortement, y compris par la danse, avec aussi une dimension quasi sexuelle, mais tout en restant dans un univers quand même assez clean et grand public. Lui aussi ira taper comme Sylvie chez les Four Tops avec une autre reprise de It’s the same old song, mais sur d’autres paroles : C’est la même chanson (tout simplement) et un peu plus tard, en 1971, avec une postérité bien plus forte (les arrangements sonnent un peu plus variété, par contre).

Sur d’autres reprises, il force plus le trait, avec des versions carrément plus nerveuses que les originales. Dans le genre, Reste (1968) constitue un chef d’œuvre de punchitude.  C’est une reprise de Beggin’, des Four Seasons (1967). L’original est très groovy mais plutôt retenu et un peu dramatique. Une reprise assez connue et plus rock est celle des anglais de Timebox (1968), très classe mais encore relativement sage. Celle de Clo-clo, c’est tout à bloc : batterie martelée et doublée sur tous les temps par un tambourin, bongos, cuivres, violons, chœurs, break d’orgue puis de percussions et de basse endiablée... Le tout pour servir sa voix à la fois suppliante mais comme toujours énervée. Grandiloquence pré-disco assez hallucinante – mais heureusement avec un excellent son pur soul sixties !

Autre reprise plus connue, J’attendrai, est une adaption dès 1966 du tube Reach out (I’ll be there) des Four Tops (encore eux !). Belle réussite, même si elle reste moins surprenante. Et pour finir, une autre qui m’est chère, la magnifique reprise de Baby Ineed your loving, des... Four Tops (toujours eux !) Ici, Claude se fait un peu moins hargneux mais très concerné, on sent qu’il avait à cœur d’en faire une grande version, Car... tout le monde a besoin d’amour ! Comme pour Sylvie, les Four Tops auront irradié jusqu’en 1967, date de cette reprise française de leur tube de 1964 (dans la production pléthorique des sixties, 3 ans, c’est une éternité).


Derrière ces monuments de la vague yéyé française, il y a bien sûr des dizaines d’autres artistes qui ne sont pas en reste de faits d’armes et d’expérimentations variées. On peut commencer par Dick Rivers, éternel challenger de deuxième rang, qui n’a jamais vraiment crevé le plafond mais a toujours réussi à conserver une certaine renommée. Malgré une image assez ringardisée, il reste à redécouvrir, notamment avec de bonnes reprises de rock (notamment des Beatles), mais aussi de soul. Citons par exemple Mr. Pitiful, d’Otis Redding, même titre, en 1966, bonne version assez percutante. Et encore mieux, Prend ma place est une reprise efficace de Keep on running du Spencer Davies Group (même année), même s’il faut peut-être faire preuve d’indulgence pour ses paroles et son léger accent caractéristique.


Passons maintenant à un groupe de rock (de Reims, c’est rare), Les Lionceaux. Ceux-ci ont fait une courte mais belle carrière de 1963 à 1965, terminant en beauté avec un EP qui contient SLC jerk (un générique pour Salut les copains) mais surtout Mon obsession me poursuit, une excellente adaptation (texte, chant, musique) de Nowhere ton run, de Martha and the Vandellas, l’une des meilleures compos de soul de tous les temps.


Un morceau étonnant à découvrir est la reprise de Soul time, de Shirley Ellis (1967) par Nicoletta, sous le titre Vis ta vie. On ne le sait pas forcément mais Nicoletta a commencé par chanter beaucoup de soul à ses débuts, genre à laquelle sa voix puissante convenait bien. Je ne suis pas fan des chanteuses à voix, mais avec elle, ça le fait. Sa version de Soul time est très claquante, déterminée et ressemble même à un petit manifeste pré-féministe (« Vis ta vie et laisse-moi ma vie... »). Il faut citer aussi la cover anglaise de Madeline Bell qui est sortie fin 67 et qui est encore meilleure que la version originale de Shirley Ellis.


Autre chanteuse plus obscure, Maya Casabianca était une « concurrente » de Dalida, c’est du moins comme cela que ses producteurs voyaient les choses. D’origine franco-israélienne, elle a beaucoup chanté dans le monde arabe mais a aussi fait carrière en France à la fin des 50’s et au début des 60’s. Sur un EP, elle enregistre en 1960 une très bonne adaptation d’une chanson de Little Anthony and the Imperials, Shimmyshimmy ko ko bop (1959), sous le titre de Chéri chéri je reviens (orchestre et arrangements de Claude Bolling). Encore un excellent morceau américain que son adaptation en français aura contribué à faire découvrir ici.


Autre adaptation d’un morceau bien plus célèbre, celle de Dancing in the streets, de Martha Reeves & The Vandellas est l’œuvre de Richard Anthony, un second couteau mais quand même très connu (comme Dick Rivers) et qui a fait un paquet de chouettes reprises, au fil de sa riche production discographique, avec des succès en dents de scie jusqu’aux années 70. Sur sa reprise, Dans tous les pays (1965), la voix n’est pas ouf (il manque un peu de conviction et de nerf) mais la musique est puissante et tient bien la route... à découvrir.


Et pour finir, un magnifique morceau de la charmante Françoise Deldick. Cette sympathique chanteuse française a fait quelques EP dans les 60’s, qui ne sont pas très rock and roll, mais un immense musicien émigré des Etat Unis lui a offert une superbe version de son hit de 1956 : Love is strange. Il s’agit de Mickey Baker, qui avait enregistré en duo sous le nom de Mickey & Sylvia cette composition de Bo Diddley. Alors qu’il s’agissait d’une ballade rythme and blues d’une facture assez classique (même si attachante), en 1968, Mickey la transforme en une version très soul, beaucoup plus moderne et sophistiquée, bien groovy, avec de superbes arrangements de cuivres et de cordes ! Le tout pour une version très hot, avec des paroles très suggestives, susurrées malicieusement par Françoise, sous le titre de Hum ! Hum ! Un must dans la production française des sixties, pour moi incontournable ! C’est à Sasha Monett que l’on doit sa première exhumation, sur la mythique compilation Swinging mademoiselle (vol. 1, en 1999).


Evidemment, ce panorama est loin d’être exhaustif, d’où l’intérêt de continuer à chercher, à « digger », pour trouver on ne sait pas trop quoi mais sûrement des trésors insoupçonnés…

 


Let's dance !

lundi 25 août 2025

Standard N°1 : Brazil (Aquarela do Brasil)

 


Brazil, un morceau hyper populaire, tellement qu’on ne sait plus trop quelle est la version de référence, à force de l’avoir toujours entendu ici et là depuis notre enfance, à la radio, à la télé, dans des fêtes, dans des magasins…

Je pensais me souvenir que le film Brazil de Terry Gilliam en donnait une version assez classique, mais non, ce sont plusieurs reprises qu’on y trouve : le thème instrumental, décliné par Mickael Kamen, le compositeur de la BO (1985), une reprise chantée par Kate Bush (pas terrible). Et enfin une chouette version de 1968, par le duo Geoff & Maria Muldaur, qui faisaient du folk-rock aux Etats-Unis. J’ai vu ce film plusieurs fois depuis mon adolescence, alors ça m’a forcément marqué.



Puis j’ai découvert plein d’autres versions au fur à mesure que je me constituais une collection de disques (et que j’en écoutais via la médiathèque). A ce jour, j’en ai listé 15 dans un répertoire que je complète au fil des ans, mais je suis pas sûr de les avoir toutes recensées rien qu’au sein de ma propre collection de disques !

Parmi mes préférées, il y a celle de Xavier Cugat, célèbre musicien cubain. Je suis plutôt habitué à écouter la version figurant sur le double 33t « Grands succès » (1972), version qui a dû être enregistrée à la fin des sixties, alors que je viens de découvrir qu’une première version avait été gravée par lui dès 1943 ! Elle sonne beaucoup plus roots, moins commerciale, mais elle possède moins de basses et est moins dansante. Les deux sont instrumentales (comme presque toutes ses productions). Et il en a aussi enregistré une autre version en 1955...



Mais pour revenir à la source de ce standard, il a été composé au Brésil en 1939, par Ary Barroso, sous le nom de Aquarela do Brasil, avec des paroles en Portugais. Le premier enregistrement (sur 78tours Odeon) est chanté par Fransico Alves, la même année. Très bonne version. Mais la popularité internationale du morceau n’arrivera qu’en 1942, avec sa présence dans un film de Walt Disney, Saludos Amigos, où elle est chantée par Aloysio de Oliveira, avec le texte encore en portugais. La chanson devient un tube et est rapidement adaptée en anglais, sous le nom de Brazil. A partir de là, des tonnes de versions vont être enregistrées (la page Wikipedia en donne une liste de quelques dizaines, mais il en existe sûrement des centaines. Citons celles de Frank Sinatra (1957) ou de Carlos Jobim (1970) pour les interprètes les plus connus… Et il y en a eu jusqu’à nos jours, comme celle de Pink Martini, en 1997, ou d’Arcade Fire en 2005.



Parmi les versions que je possède, certaines me touchent particulièrement, dont deux qui sont très anciennes. Malheureusement je ne les ai que sur CD car a priori elles n’ont existé que sur 78tours, dans les années 40 (rares et sans doute jamais rééditées sur vinyle microsillon). Il y a celle de Félix Valvert, un artiste cubain que j’adore, dont le label Frémeaux a sorti une compile CD en l’an 2000. Elle est instrumentale (contrairement à d’autres de ses morceaux). Très bonne version. L’autre est celle de Léo Marjane, chanteuse française avec une voix assez grave, que je trouve magnétisante. Les paroles sont en français, avec une intonation sur un mode assez tragique, mais avec une orchestration joyeuse et colorée, comme presque toujours dans ce morceau.



Ensuite, il y a pléthore de super versions à citer, sur 45tours, 33tours ou 25cm... Par exemple la très classique mais belle version de Ray Conniff (USA, 1960), dans un style assez easy listening, ou encore celle très bonne de Marcel Azzola et son Ensemble (à l’accordéon) et celle de Terry Snyder & The All Stars, sur la fameuse série Persuasive percussions (vol. 2, sur le label Command) au son cuivré très brillant et clinquant, une autre par Alan Gate, une par Billy Mure (et ses supersonic guitars) ... Mais aussi de plus inattendues, comme celle de Burt Blanca (album Instrumental vol. 12) ou de plus marrantes et improbables, comme celle de Claudy & Marcello, l’inénarrable duo qui a sorti 6 volumes de reprises de tubes dans les années 70, tout en sachant à peine jouer de l’orgue, avec des versions assez simplifiées et parfois même des fausses notes (Spécial orgue vol. 1, sur Valmy).




Et je suppose que je suis loin d’avoir fait le tour du sujet, avec encore plein de versions à découvrir ! Par exemple, la page de Wikipedia cite une version de Paul Anka (1963) et une des Shadows (1965), ainsi que la version de Tav Falco’s Panther Burns (1981) dont on m’a dit qu’il la joue toujours sur scène (il passe assez régulièrement à Paris, faut que j’y aille).



Concernant la structure du morceau, les versions les plus anciennes comportent dans leur introduction plusieurs changements de tonalité, alors que cela a été simplifié au fil du temps, pour aller directement à l’essentiel du thème mélodique principal qui alterne ses deux parties ; c’est le cas Chez Xavier Cugat, par exemple.

En tout cas, c’est un morceau entêtant, réjouissant, émouvant, que tout le monde connaît et à qui chacun peut associer un ou plusieurs souvenirs de sa vie. Le standard par excellence !

 


Brazil, la chanson : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aquarela_do_Brasil


Par Francisco Alves : https://www.youtube.com/watch?v=yOqu-zlY7AY

Par Léo Marjane : https://www.youtube.com/watch?v=6r-G4qgjtcs&list=RD6r-G4qgjtcs&start_radio=1

Par Félix Valvert : https://www.youtube.com/watch?v=zZUkkiYT61M&list=RDzZUkkiYT61M&start_radio=1

Par Xavier Cugat : https://www.youtube.com/watch?v=etCKHVJi_TY&list=RDetCKHVJi_TY&start_radio=1

Par Ray Conniff : https://www.youtube.com/watch?v=-icOKtQyLuo&list=RD-icOKtQyLuo&start_radio=1

Par Geoff & Maria : https://www.youtube.com/watch?v=5zz1Cfnh5Zw&list=RD5zz1Cfnh5Zw&start_radio=1

Par Marcel Azzola : https://www.youtube.com/watch?v=anBxFi8ydb0&list=RDanBxFi8ydb0&start_radio=1

Par Tav Falco : https://www.youtube.com/watch?v=lvr1SAIXfkI&list=RDlvr1SAIXfkI&start_radio=1

 

samedi 20 juillet 2024

Nick Wheeldon & The Living Paintings : Waiting For The Piano To Fall (Le Pop Club Records, 2024)

 


Ah, Nick Wheeldon ! Cet album est le plus récent d’une déjà longue série, Nick multipliant inlassablement les projets, année après année, sous divers noms de groupes qui brouillent un peu les cartes. Mais ne nous y trompons pas, il est très productif… et inventif ! En toute logique, comme pour Bob Marley ou d’autres, son nom personnel a fini par s’imposer pour qualifier ses projets (Bob Marley & The…, Nick Wheeldon & The…) mais il continue à jouer collectif, n’étant pas du tout du genre prétentieux. D’ailleurs on se demande comment il fait pour réunir quasiment chaque année un nouveau groupe d’excellents musiciens français, dont on n’avait pas forcément entendu parer avant et qui l’accompagnent admirablement sur ses albums et sur scène. C’est le cas avec les Living Paintings comme ça l’était avec les Demon Hosts l’année dernière, ou avant avec les Necessary Seprations, 39th & The Nortons ou encore avec Os Noctambulos, groupe qui vit toujours même si en stand-by ces derniers temps.

Nick est arrivé en France vers 2012 avec Coline Presley, une fan de garage-rock originaire du Mans, passée par Paris puis par Sheffield, où ils se rencontrèrent. Dès leur installation à Paris, ils fondent Os Noctambulos avec Baldo (batterie) et Valentin (lead guitare), tandis que Coline tient la basse et Nick la guitare rythmique et le chant. C’est du garage rock très sixties et mâtiné de surf music, excellent ! Ils seront plus tard rejoints par le talentueux Chris Bartlett à la pedal steel guitare et publieront plusieurs albums et quelques 45 tours (tous sur vinyl sauf un sur K7 mais qui sera réédité en 25cm).

Cependant, Nick diversifie rapidement les projets, avec 39th & The Nortons, excellent groupe, un peu plus orienté pop qu’Os Noctambulos et auquel participera Jaromil Sabor, un musicien de Bordeaux qui vaut le détour lui aussi. Puis avec The Necessary Separations, plus orienté country et folk (c’est là où il rencontre Chris Bartlett). Ces deux projets sont tout aussi intéressants que le premier. Parallèlement, Nick assure aussi, dès ses débuts en France, des sets en solos (guitare-chant), un exercice périlleux mais dont il se tire de tire de mieux en mieux, n’arrêtant pas de progresser dans son jeu de guitare comme dans son chant et avec une présence scénique indubitable !

D’où l’aboutissement vers des albums « solo » sous son propre nom, même si toujours accompagné, à partir de 2021 avec un premier album intitulé Communication problems, par « Nick Wheeldon & Friends », composé en un seul jour et enregistré avec divers amis pour chacun des 11 titres qui le composent. Mais d’autres projets émaillent son parcours, dont un album avec Alizon en 2018 (Nick & Alizon) ou encore avec Vincent Vauchez au sein de Domo Komo en 2020 (album Bugs) et sa participation au groupe Les Soucoupes Violentes, à la basse, pendant quelques années. Mais cette liste de collaborations est loin d’être exhaustive… Le mieux est de se reporter à sa page internet, très complète : https://nickwheeldon.com

Son album Gift en 2022 est particulièrement réussi et il obtient (entre autres articles de presse) les honneurs de Rock & Folk qui le désigne comme album du mois en 2022 (une rubrique habituellement réservée aux grosses pointures poussées par les maisons de disques et qui ne me parlent pas d’habitude ; mais pour une fois, j’adhère à 100% à leur choix).

Il est donc suivi cette année par Waiting For The Piano To Fall, un album moins évident et dans lequel j’ai plus de mal à entrer, mais toujours très beau, avec du piano, du chant en duo, plein d’harmonies et divers arrangements. Présentation à la Mécanique Ondulatoire (Paris, 11e) vers mars 2024, avec un set un peu plus rock & roll que l’album, avec deux guitares et toujours ce chant intense et abrasif de Nick. Puis j’ai l’occasion de revoir le groupe début juillet, à L’International (Paris 11e), sans le deuxième guitariste, mais avec un vrai piano acoustique qui sonne magnifiquement bastringue et un violoniste (présent sur l’album mais pas à la Mécanique). Le son global est excellent, les musiciens aussi, tous, pour une prestation intense et avec un son assez acoustique mais très plein, très chaleureux, de la haute voltige ! 

Du coup je réécoute plus attentivement l’album à la maison et s’en dégagent quelques morceaux particulièrement attachants, comme They’re not selling flowers around here anymore, ou surtout Oh ! Surprise, qui m’a interpellé dans sa version live à l’International. Des mélodies très efficaces et entêtantes ; c’est du travail très fin, de l’orfèvrerie (pour reprendre un cliché souvent appliqué à propos de Love ou des Zombies, mais c’est justifié) ! Idem pour Black Madonna, qui ouvre magnifiquement la face B. On est beaucoup plus dans la douceur et la nostalgie que sur les albums d’Os Noctambulos (plus garage rock) mais c’est tellement beau que ça passe terriblement bien (car le folk reste quand même un genre très casse-gueule, surtout en France – bon, ça tombe bien, Nick est anglais). Sur le morceau titre, Waiting For The Piano To Fall, encore une excellente partie de basse et des arrangements qui me font penser au 3ème album des Allah Las. Mais sinon, questions références, Nick me rappelle de temps en temps John Lennon ou Bob Dylan (excusez du peu) ! Evidement, Nick possède bien d’autres influences et les miennes sont assez limités, notamment dans le domaine de la pop indé et du folk ou de la country, mais bon, en tout cas, il soutient la comparaison avec quelques-uns des musiciens les plus illustres.

Et bien sûr, il est déjà sur le point de sortir encore un nouvel album, comme toujours ! On a du mal à le suivre mais c’est tant mieux ! Pourvu que ça dure - et c’est bien parti pour… Si vous le voyez annoncé en concert près de chez vous, ne le ratez pas, vous direz sans doute un jour à vos enfants : « j’y étais » !




 

 

dimanche 12 février 2023

Festival Bic Noir de Chine (1964)


33tours 17cm, 1963, disque promotionnel

Voilà une pièce qui sort de l’ordinaire, un disque apparemment destiné aux représentants de commerce de la célèbre marque de stylos à billes, Bic. D’après le texte au verso de la pochette, ça devait être un cadeau pour la nouvelle année 1964.

Bic avait sorti un nouveau modèle de stylo à l’encre de Chine, d’où la conception d’un petit délire autour de la Chine, avec un beau graphisme en jaune et noir, sur fond blanc, avec ce fameux jaune tirant vers l’orange et qui est toujours aujourd’hui la couleur de la marque (j’ai vérifié). Même le petit logo du bonhomme avec une tête de bille et un stylo dans le dos a perduré ! Par contre l’appellation Noir de Chine semble avoir été abandonnée.

On a le droit à un speech commercial en Face 1, ponctué par quelques coups de gong de temps en temps. Pas trop reconnu les voix des personnalités cités, à part celle de Jean Yanne vers la fin (très court passage) ni compris si elle parlent toutes et si ce sont réellement elles ou un imitateur. Mais à ma connaissance Sasha Distel n’était pas spécialement imitateur… ou alors assez mauvais dans l’exercice ! On nous explique aussi que le triage du disque est numéroté et que les numéros serviront pour une tombola, pour gagner un bijou… pour Madame. Ce qui sous-entend au passage que les représentants de commerce Bic sont tous des hommes, mariés, dont les femmes attendent à la maison qu’ils leur rapportent des cadeaux (l’action se situe très clairement avant mai 68, le Manifeste des 343 salopes, Baise-moi et Me too) !

Le fond sonore musical se compose principalement de piano, sur des gammes un peu exotiques, orientalisantes, sensées évoquer la Chine (je ne sais pas lesquelles car je ne suis pas assez bon en musique pour ça). Et en Face 2, la musique prend le dessus, avec 5 petites chansons imitant les styles d’artiste célèbres (avec la voix de Jean Valton, imitateur dont le passage à la postérité est quand resté assez confidentiel). La plus réussie à mon goût est celle de Maurice Chevalier. Mais ensuite, le clou du spectacle est un excellent rock (ou twist) par le Duo des Bic-Tchin, un homme et une femme, dont on ne connait pas la réelle identité. La musique est super bien, mid-tempo, avec batterie, contrebasse, guitare rythmique électrique et un piano bien mis en avant, toujours en mode mélodique un peu orientaliste. Et les harmonies des voix sont superbes. Disons que l’ambiance pourrait faire penser à une chanson des Everly Brothers. Les paroles sont bien kitch : « Dans mon p’tit pousse-pousse Chinois… » et s’achèvent par « Poussez donc la vente » répété en boucle ! Le tout dure seulement une petite minute, mais c’est mignon tout plein et ça groove bien !

La conclusion du disque est laissée au Général de Gaule, dont Henri Tisot a fait ses choux gras d’imitateur dans les 60’s et sans surprise, il s’enflamme pour le Bic « Noooir de Chiiineu » !

En fait la construction de ce disque ressemble pas mal à celle de Vynan, chroniqué dans cette rubrique en 2007 : avec l'argumentaire commercial en face A puis une plage détente en musique sur la face B, le cours et la récrée, en somme. ;) 



Reprises de soul à la française dans les sixties

  Dans les années 60, la vague des chanteurs yéyé a fait plein de reprises de standards anglais et américains, surtout du rock et de la pop,...