jeudi 9 novembre 2023

Roger Damin et son ensemble musette : Classiques musette – N° 5 (Président Records)


Voilà un disque légèrement mystérieux, tout d’abord car le nom de l’artiste n’apparait pas sur le recto de sa belle pochette d’un bleu profond. Ensuite on ne sait pas trop si Roger Damin est accordéoniste ou chef d’orchestre, ou bien les deux, ou encore clarinettiste… Cet EP contient deux bons titres sur quatre, un par face : La Moisson, une jolie valse (compo de Louis Ferrati), ouvre la face A, et surtout, Dis la vérité clôt la face B. Il s’agit d’un boléro dont le titre original est Tan solo la verdad (compo de Luis Araque, arrangée par Pepe Luiz). Il y a de beaux passages d’accordéon soliste, hésitants et touchants. Dommage qu’une clarinette et une flûte au style assez convenu affadissent un peu le morceau.



Pepe Luiz, je le connais, il a enregistré pas mal de cha-cha sur disques Ducretet-Thomson. Mais on trouve peu d’infos en ligne sur Roger Damin et très peu de disques référencés, à part un 33-tours sur Discogs et Encyclopédisque, qui date des années 70. Il semble pourtant qu’il ait enregistré plusieurs disques dans les années 60 et 50, et même des 78-tours. Au moins 4 EP sur le petit label Président Records, listés au verso de la pochette de mon exemplaire, non daté mais à coup sûr antérieur aux années 60. Internet confirme qu’il s’agit bien d’un accordéoniste, mort assez jeune car ayant vécu de 1934 à 1984.



jeudi 21 septembre 2023

Eddie Calvert : Série succès N° 9 (Columbia)

 


Eddie Calvert, « The man with the golden trumpet », est un trompettiste anglais, sans doute une sorte d’équivalent de notre Georges Jouvin national. J’ai quelques disques de lui, qui ne sont pas extraordinaires (j’en ai même sans doute rejeté quelques-uns à la cave), mais celui-ci est un bon cru.


Les 4 titres de cet EP se laissent écouter, dans une veine plutôt latino. Les deux de la première face sont les moins bons, mais pas mauvais. Aïe, ton rire (Angelina) : drôle de titre, sûrement encore une de ces traductions débiles de l’époque ; ça démarre tranquille, avec juste une contrebasse et des clappements de mains, puis une montée en puissance de l’orchestre, accompagnant la trompette. Cuivres, percussions, guitare, cordes… Pour une balade assez chaloupée. Il est confortablement épaulé par Norrie Paramor and his Orchestra, à qui l’on doit quelques bijoux pour son propre chef (j’en reparlerai un jour). Americano, le deuxième titre, est une reprise de Renato Carosone, le fameux chanteur et musicien italien. Ça reste guilleret, avec une sorte de baïon assez speed, plutôt sympathique.


Mais les deux titres les mieux sont en face B. Trumpet cha cha cha d’abord, avec un bon rythme cubain mid-tempo bien groovy où l’on admire la finesse de l’orchestre, belles percussions, rafales de cuivres dans les basses, très saisissantes, et des chœurs, qui font des cha cha cha, sans surprise, pour le coup. Mais belles voix, qui font aussi des ahahahah… C’es carré. Et enfin arrive le dernier et le meilleur titre : Cha cha in the rain. Il est plus rapide, très bien trouvé mélodiquement, avec un bon riff de trompette et toujours très dansant, ça pète ! Les chœurs sont enthousiastes, même si un peu ringard sur les bords, façon variété fifties, faisant un peu penser à ceux de la Bostella (« Savez-vous voyageurs, pourquoi je sors de l’ombre ? ... »). C’est très chaleureux, bizarre qu’il n’ait pas été appelé Cha cha in the sun, plutôt que in the rain, mais sans doute fallait-il se démarquer à cette époque d’une surdose de titres dédiés au soleil et à l’été.




Calvert a fait pas mal d’autres trucs dans le genre cubain et ceci dès l’époque des 78tours (comme Hora samba, vers 1950). Mais son plus gros carton est une adaptation de Oh mein papa, une compo suisse allemande très ennuyeuse, pas groovy du tout. Il mérite mieux pour sa postérité, il faut guetter ses mambos et autres cha cha ici et là. Parti faire carrière en Rhodésie dans les années 70, il est mort d’une crise cardiaque à 56 ans – il n’aura sans doute pas eu le temps de s’essayer au disco, dommage.




samedi 26 août 2023

Petit Gonzales / Les Bla-Bla-Bla’s (Saphir)

 


Un 45tours 4-titres des Bla-Bla-Bla’s : quel nom de groupe ! On ne sait pas qui se cache derrière ce blaze, les disques Saphir étant plutôt avares d’informations. La liste des titres ne figure même pas au verso de la pochette (ce qui est toujours un peu agaçant pour moi car je ne peux pas faire de petite croix au crayon de mine devant les titres que j’aime bien). Ce groupe comprend un chœur avec plusieurs chanteurs et chanteuses (2 et 2, ou 3 et 3, à vue de nez).

Ça démarre par une reprise assez correcte du Petit Gonzales, morceau sympa (mais sans plus) de Danyel Gérard, adapté d’un titre américain (Speedy Gonzales, de David Dante) pour Dalida (mais Danyel l’a chanté aussi). C’est du twist. Ensuite, un slow pas terrible, Deux enfants au soleil.

Face B, on attaque avec le Twist du canotier, une reprise d’un titre que Maurice Chevalier avait enregistré avec les Chaussettes noires. C’est marrant, la reprise n’est pas trop mal, y compris l’imitation de la voix de Maurice. Mais le clou du spectacle, c’est le dernier titre, Bla-bla-bla’s special. Bon twist instrumental, ou plus exactement sans paroles, car il y a plein de voix, qui font… « bla-bla-bla, bla-bla-bah… » évidement ! Et autres doo doo doo wap do wap, avec des interventions au saxophone et à l’orgue, une bonne batterie. C’est très cool, bien groovy et rigolo. Allez-hop : une croix !

Je dois avoir ce disque depuis un bout de temps car j’avais mis ce titre sur l’une de mes premières compiles de vieux 45tours (sur K7, c’est vous dire !) vers 1999. Pour finir, la pochette vaut le détour, en matière de kitsch, avec son caniche noir juché sur le toit d’un petit bateau à moteur sur fond de mer bleue façon technicolor, ça fait très vacances.



dimanche 12 février 2023

Festival Bic Noir de Chine (1964)


33tours 17cm, 1963, disque promotionnel

Voilà une pièce qui sort de l’ordinaire, un disque apparemment destiné aux représentants de commerce de la célèbre marque de stylos à billes, Bic. D’après le texte au verso de la pochette, ça devait être un cadeau pour la nouvelle année 1964.

Bic avait sorti un nouveau modèle de stylo à l’encre de Chine, d’où la conception d’un petit délire autour de la Chine, avec un beau graphisme en jaune et noir, sur fond blanc, avec ce fameux jaune tirant vers l’orange et qui est toujours aujourd’hui la couleur de la marque (j’ai vérifié). Même le petit logo du bonhomme avec une tête de bille et un stylo dans le dos a perduré ! Par contre l’appellation Noir de Chine semble avoir été abandonnée.

On a le droit à un speech commercial en Face 1, ponctué par quelques coups de gong de temps en temps. Pas trop reconnu les voix des personnalités cités, à part celle de Jean Yanne vers la fin (très court passage) ni compris si elle parlent toutes et si ce sont réellement elles ou un imitateur. Mais à ma connaissance Sasha Distel n’était pas spécialement imitateur… ou alors assez mauvais dans l’exercice ! On nous explique aussi que le triage du disque est numéroté et que les numéros serviront pour une tombola, pour gagner un bijou… pour Madame. Ce qui sous-entend au passage que les représentants de commerce Bic sont tous des hommes, mariés, dont les femmes attendent à la maison qu’ils leur rapportent des cadeaux (l’action se situe très clairement avant mai 68, le Manifeste des 343 salopes, Baise-moi et Me too) !

Le fond sonore musical se compose principalement de piano, sur des gammes un peu exotiques, orientalisantes, sensées évoquer la Chine (je ne sais pas lesquelles car je ne suis pas assez bon en musique pour ça). Et en Face 2, la musique prend le dessus, avec 5 petites chansons imitant les styles d’artiste célèbres (avec la voix de Jean Valton, imitateur dont le passage à la postérité est quand resté assez confidentiel). La plus réussie à mon goût est celle de Maurice Chevalier. Mais ensuite, le clou du spectacle est un excellent rock (ou twist) par le Duo des Bic-Tchin, un homme et une femme, dont on ne connait pas la réelle identité. La musique est super bien, mid-tempo, avec batterie, contrebasse, guitare rythmique électrique et un piano bien mis en avant, toujours en mode mélodique un peu orientaliste. Et les harmonies des voix sont superbes. Disons que l’ambiance pourrait faire penser à une chanson des Everly Brothers. Les paroles sont bien kitch : « Dans mon p’tit pousse-pousse Chinois… » et s’achèvent par « Poussez donc la vente » répété en boucle ! Le tout dure seulement une petite minute, mais c’est mignon tout plein et ça groove bien !

La conclusion du disque est laissée au Général de Gaule, dont Henri Tisot a fait ses choux gras d’imitateur dans les 60’s et sans surprise, il s’enflamme pour le Bic « Noooir de Chiiineu » !

En fait la construction de ce disque ressemble pas mal à celle de Vynan, chroniqué dans cette rubrique en 2007 : avec l'argumentaire commercial en face A puis une plage détente en musique sur la face B, le cours et la récrée, en somme. ;) 



lundi 16 janvier 2023

Vernon Bullets pro : 4 succès du hit-parade (Wagram International)


Beau 45tours bleu offert par la marque Vernon, dont les musiciens ne sont même pas crédités.

Il s'agit d'un orchestre pop de facture standard (basse, guitare, batterie) avec des violons devant qui font les méoldies. Mais il y a aussi un autre instrument, qu'on pourrait d'abord prendre pour un xylophone, avant de constater que c'est plutôt une harpe.

Le tout donne un son très aérien, avec pas mal d'écho, sur une musique assez groovy-pop quand même. Du coup ça ne sonne pas trop variété, plutôt agréable et étonnant. Enfin, ceci est valable seulement pour les 2 bons morceaux, car ceux qui ouvrent chaque face ne sont pas terribles : L'amour te ressemble (reprise d'un slow d'Adamo) et San Francisco (reprise de la ballade hippie de Sctoo McKenzie signée John Philipps).

Par contre, les 2 autres instrumentaux (non-crédités sur le disque) sont bien cool ! Le meilleur est Voom-voom-jerk, en face A. On ne reconnait pas tout de suite le thème car les arrangements sont bien personnalisés, mais il s'agit en fait d'une reprise de l'excellent Got to get you into my life, des Beatles (pas chiés, les mecs de Wagram, quand même !). Ce titre a été popularisé en France (si besoin était) par Johnny Hallyday (en grande forme) sous le titre Je veux te graver dans ma vie. Bonne version ici aussi, plus calme mais remplie de cordes de violons et de harpe avec plein d'écho, une sorte de musique planante de Prisunic pop des sixties !




Le morceau de fin de face B est du même tonneau, il s'appelle Bullets walk (en référence à un autre modèle de chaussures présenté au verso de la pochette). Comme le disque annonce "4 succès du hit-parade", c'est sans doute encore une reprise (non déclarée) mais je ne connais pas cette compo, qui est un bon jerk assez guilleret, une fois de plus plein de violons, avec quelques micro-breaks de batterie ; ça  sonne très musique de film, ambiance Ne nous fâchons pas et compagnie... 

Sur l'identité de l'orchestre, j'ai ma petite idée : vu la période et vu le son, ça pourrait bien être Pierre Spiers et sa harpe électronique, car il a fait pas mal de 45tours un peu dans ce style. (à confirmer)

Voilà, 2 bons titres dans une belle pochette : merci les baskets Vernon ! Bon à savoir, l'étiquette indique "Disque 2" : il y a donc un premier volume. Et la pochette précise au verso : "IMPORTANT : 4 autres succès du hit-parade vous seront offerts pour un autre achat de BULLETS-PRO de Vernon". ça ne va sûrement pas être possible pour les pompes, mais on se rabattra sur le marché d'occasion pour compléter cette collection de galettes...

Après une petite recherche, il s'avère sur Discogs qu'il existe 3 autres volumes et que le premier a la même pochette que le deuxième : seuls changent les titres des chansons, inscrits au recto. Le label Vernon a ensuite sorti 2 autres disques, sous l'appellation Cocktail variétés - N° 3 et N° 4, qui ne sont sans doute pas aussi bons (de mémoire, j'avais le volume 4 qui ne m'avait pas emballé).

 https://www.discogs.com/fr/label/109205-Vernon




Reprises de soul à la française dans les sixties

  Dans les années 60, la vague des chanteurs yéyé a fait plein de reprises de standards anglais et américains, surtout du rock et de la pop,...